L'Empire du Belondor

Micronation s'inspirant du Premier et du Second Empire français ainsi que de la Rome antique.
 
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 Un travail à vous faire faire

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Sa Majesté l'Empereur



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MessageSujet: Un travail à vous faire faire   Mar 12 Juil - 4:55

La décision n'avait pas été des plus faciles à prendre, mais elle devait être prise. L'Empereur savait que les rumeurs l'accuseraient d'en être à l'origine, mais après tout... qui pourrait donc le prouver ? On ne pouvait espérer gouverner un tel Empire sans avoir de boue qui vous éclabousse. Nabelnine II avait décidé d'assumer ce risque et désormais qu'il avait déterminé définitivement le choix fatal auquel il était soumis, il ne pouvait plus revenir en arrière. Il n'avait guère été surpris lorsqu'on lui avait appris qu'une dizaine d'hommes armés avait tenté de prendre d'assaut la résidence où étaient en réduits en résidence surveillés les anciennes familles régnantes de Gélèbre, d'Eurone, d'Hollyade et du Matnal. Il s'en fallut d'ailleurs de justesse que ceux-ci ne réussissent leur coup. Mais finalement, il n'en avait rien été. Ils avaient été repoussés. Et tous tués. Un homme, cependant, avait été attrapés. C'était un Gélèbrois de Volorun. Il disait avoir été payé par un dénommé Vilsberg pour cela, rencontré à Torobourg. Il leur avait donné à tous cinq cents Sesterces Belondaures pour accomplir leur forfait. Mais ce Vilsberg ? Qui était-il ? Le Gélèbrois de Volorun n'en avait rien su. Il avait alors été achevé car, épuisé qu'il était par plusieurs heures de torture, il n'aurait jamais survécu.

Dans l'esprit de l'Empereur cependant, les coupables étaient connus. Un mouvement indépendantiste gélèbrois ? Non, aucune chance. Les rapports des deux Services Spéciaux, aussi bien le Bureau Impérial de la Répression Insurrectionnelle sur les Services Impériaux d'Espionnage et de Renseignement, étaient formels : si l'annexion de la Germanie par le Belondor, qui était presque actée, était loin d'enchanter les Germains, aucun mouvement armé et clandestin indépendantiste ne s'était structuré. Les Germains paraissaient abattus et résignés. Alors qui ? Pour Nabelnine II, seule la Grande-Albion pouvait en être à l'origine, afin, justement, que d'éventuels indépendantistes bénéficient d'étendards à leur cause. Il fallait donc qu'il réagisse et prenne une décision. Et qu'il ait le courage de s'y tenir. Mais il l'aurait, comme bien souvent. Avait-il hésité à laisser ses « alliés » hollyadiens se faire massacrer par les forces gélèbroises afin de récupérer le pays sans qu'il n'y ait la présence d'une force concurrente ? Il n'était pas son père, empreints de morale et de scrupules. Il avait toujours baigné dans le monde de la guerre et de la politique et il ne comptait pas finir comme son défunt père.

Fermant un dossier qu'il avait lu sans pour autant en saisir un traitre mot, puisqu'il était perdu dans ses pensées, il appela son secrétaire particulier, Charles Degaulle et lui dit :

- Le commissaire Liéban Thilovine est-il à Elbêröhnit ?
- Je crois que oui, Votre Majesté. Il est rentré de son congé et a repris son poste de commissaire de police en charge des affaires non-élucidées.
- Bien, répondit l'Empereur. Puisqu'il est présent et apte au service, demandez-lui de venir pour dix-sept heures ici. Faites-le passer directement dans mes appartements privés et par une porte dérobée...

Devant l'air surpris et interdit de Degaulle, qui n'avait jamais reçu de tels ordres de la part de l'Empereur Nabelnine Ier, l'Empereur ajouta :

- Y-a-t-il un problème, Charles ?
- Absolument pas, Votre Majesté, répondit le secrétaire particulier, gêné.
- Alors, allez-y donc.

Le secrétaire particulier se retira alors du cabinet de l'Empereur, la tête courbée, marchant à reculons. Avant d'aller faire transmettre ce message au commissaire Thilovine.

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Lébian Thilovine



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MessageSujet: Re: Un travail à vous faire faire   Dim 24 Juil - 10:16

Lébian Thilovine était un homme particulièrement raffiné. Sa chambre à coucher, sûrement la pièce la plus intimiste de son appartement ne faisait assurément pas exception. Endormi sous ses draps soyeux et une fourrure d’hermine, il rêvait à la vie qu’il n’aurait pas aimé suivre : celle des petites gens. Il était rentré depuis une dizaine de jours de ses congés en Nouvelle-Argentorate – où il en avait profité pour régler quelques anciennes histoires personnelles – et avait repris sa pile d’enquêtes non-élucidées qui avait fortement augmenté en son absence.

Ses occupations quotidiennes étaient palpitantes et il se comparait souvent à un alchimiste des temps modernes, cherchant par la science à résoudre des équations insolvables. Grâce à son expérience, tant en balistique qu’en cosmétique ou encore en chimie, le commissaire le plus haï d’Elbêröhnit par ses pairs était devenu une sorte d’institution à lui tout seul. Il fallait bien avouer qu’avec ses pratiques sortant des codes établis et toutes les manières dont il s’était affublé en bon comédien, il ne pouvait guère attirer la sympathie.

Cependant, le succès retentissant de sa mission à Beneline l’avait placé en haut de l’affiche, sa photographie trônant désormais à côté de celle du Chef de la Police – sûrement un signe d’élévation spirituelle censé provoquer chez les jeunes recrues un sentiment fort de quelque chose qui manquait jusqu’à présent et dont on aurait su dire quoi.

A six heures sonnantes, son valet pénétra dans sa chambre et déposa un plateau sur la desserte en en verre laissée à côté du lit. L’odeur du chocolat chaud et du bon pain beurré réveillèrent presqu’immédiatement l’homme endormi, ses narines humant avec force les arômes délicats du cacao préparé à l’ancienne. Pour sûr, cela changeait des embruns d’Argentorate et de son café imbuvable. S’étirant de tout son long sans même avoir pris la peine d’ôter ses boules de cire, l’officier de police poussa un long et puissant râle. Habitué à toute cette mise en scène de la part de son employeur, le valet tira les rideaux, laissant pénétrer dans la pièce la douce lumière tamisée de l’aurore.


« Bonjour Stephen, les nouvelles sont-elles bonnes aujourd’hui ? »

Le jeune homme, au service du Commissaire depuis trois ans désormais, porta un énième regard au Monde Impérial posé à côté du plateau du petit-déjeuner.

« Monsieur, les nouvelles sont toujours bonnes quand le soleil se lève sur Elbêröhnit. Mais pour vous répondre avec plus de précision, la cérémonie d’Apothéose de feu l’Empereur Nabelnine Ier et les plébiscites sont toujours en préparation ; les Grands Travaux portent désormais sur de nouveaux arrondissements tandis que les chiffres de la bourse remontent grâce aux efforts du Ministère de l’Economie. Sur le plan extérieur, il semblerait que l’OMF soit sur le point de vaciller et de disparaître au profit d’une nouvelle institution. »

Tout en trempant l’une de ses tartines grillées sur une seule de leur face, Lébian répondit, un fin sourire en coin :

« L’OMF qui disparaît. La Grande-Albion a bien eu raison de ne pas adhérer à cette stupide entreprise ; c’est sûrement la seule bonne chose qu’elle n’ait jamais faite… Après vous avoir mis au monde, naturellement. »

L’officier ne faisait confiance à personne, pas même à ses collègues et encore moins à ses supérieurs. La seule personne au fait de tous les petits détails de sa vie était Stephen, ce jeune homme au charme prononcé dont l’efficacité et la fidélité avaient marqué l’elbêröhnitois. Après une décennie passée aux Services Spéciaux, il avait appris à cuisiner des suspects de tout bord psychologique, du niais de premier ordre jusqu’au fou à lier. Afin d’accorder à son valet ses accréditations, Lébian était même aller jusqu’à le filer durant plusieurs semaines, mentant effrontément sur son emploi du temps et envoyant le jeune homme remplir de nombreuses courses pour pouvoir suivre tous ses faits et gestes. Jamais il n’avait failli, jamais il n’avait menti.

S’il entretenait une correspondance avec ses parents restés sur son île natale, il laissait à son employeur le soin de lire le contenu et de faire envoyer l’enveloppe par des amis à lui, susceptibles de faire porter le courrier jusqu’aux vertes campagnes du pays où il pleut toujours.

Après avoir rapporté un peignoir en satin de l’immense dressing attenant à la chambre, Stephen se retira. Lébian avait encore du temps devant lui et souhaitait terminer une expérimentation dans son laboratoire, situé dans les combles de l’immeuble qu’il était le seul à occuper.

S’extirpant du lit non sans mal, il se regarda nu dans le miroir qu’il avait fait installer près d’une de ses commodes. Une longue cicatrice, récente en comparaison d’autres moins prononcées, lui barrait l’aine ; le revers de la médaille durant l’arrestation du chef de la guerilla eslagnaise, Salazar Ortis. L’un des bras droits du terroriste lui avait entaillé les chairs à l’aide d’un coutelas avant qu’il ne perde la vie sensiblement dans les mêmes conditions. Trop fier pour se faire soigner par l’une des chirurgiens de l’armée, Lébian s’était recousu lui-même, se rappelant de sa jeunesse et des soins que son équipe se prodiguait en temps de guerre.

Il garderait donc les stigmates de cette mission à Beneline à jamais gravés sur son corps, plus belle récompense qu’une breloque à porter sur la poitrine ou qu’une solde de félicitations. Cette balafre était la preuve de sa victoire sur une armée entière. Il avait réussi à faire arrêter les plus grands criminels de l’Empire sans quasiment aucune aide extérieure et en y laissant simplement un peu de liquide lacrymal et beaucoup de sang.

Dès lors sa contemplation terminée et un bain chaud pris, il se retira dans son laboratoire dédié depuis peu à la photographie cherchant à raccourcir les temps de pose pour pouvoir constituer des preuves au cours de ses filatures.

Sûr les coups de dix heures, Stephen frappa à la porte et attendit que Lébian lui ouvre – la pièce étant toujours verrouillée et dont seul le commissaire possédait l’unique clef.


« Monsieur, je suis navré de vous déranger en plein travail mais le secrétaire particulier de l’Empereur est porteur d’un message à votre attention. »

Se tenant derrière l’encablure de la porte, Stephen faisait preuve d’un professionnalisme sans faille malgré l’éminente présence au sein des appartements de l’une des personnes les plus proches du souverain. Lébian quitta donc la pièce prestement, rajustant son veston et vérifiant qu’il n’avait pas laissé trainé un quelconque objet sur lui. Ainsi donc l’Empereur avait envoyé auprès de lui le bien connu Charles Degaulle ? Il devait s’agir d’une affaire importante nécessitant la plus grande discrétion. S’il savait que Stephen l’avait deviné, aucun des deux ne fit la moindre remarque.

L’heure du rendez-vous fut transmise à l’officier de police sans que la conversation ne puisse être engagée sur l’objet de l’entrevue. L’insistance du secrétaire d’être le plus discret possible laissait suggérer que l’Empereur tenait absolument à conserver le secret autour de ce tête à tête et que seules quatre personnes devraient être au courant de cette affaire. Ce serait bien évidemment le cas.

Après avoir sommé Stephen de raccompagner le Sieur Degaulle jusqu’à son carrosse, Lébian s’enferma de nouveau dans son laboratoire, sans même prendre la peine de manger. Son valet avait quant à lui des courses à faire afin de permettre la confection d’un nouveau déguisement.

Comme convenu, il se présenta dans les bureaux privés de l’Empereur à cinq heures précises de l’après-midi. L’heure était à la gourmandise et il n’avait donc pas manqué de s’habiller comme les gens de la Cour se grimant avec un soin particulier. L’officier de police avait donc l’air d’un damoiseau plus que d’un quadragénaire, ses vêtements ayant été choisis en fonction de la saison mais aussi de la personnalité à laquelle il voulait ressembler pour le public. Rasé de près et les cheveux brossés à la cire, il se présenta donc comme étant l’invité mystère de Sa Majesté, Charles Degaulle ne l’ayant pas reconnu sous son nouvel apparat.

Il fut donc présenté à Sa Majesté l’Empereur dans son bureau après être passé par une porte secrète cachée dans l’un des murs et donnant dans une pièce attenante. Se courbant afin de saluer dans les formes son souverain, Lébian attendit que ce dernier ne prenne la parole avant de se relever.
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Sa Majesté l'Empereur



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MessageSujet: Re: Un travail à vous faire faire   Dim 31 Juil - 22:40

L'Empereur indiqua d'un signe de la main qu'il souhaitait que Lébian se relève, ce que fit alors celui-ci. Il était assis dans le fauteuil de son cabinet, sans mot dire. Il semblait jauger celui qui avait permis l'arrestation des opposants et terroristes indépendantistes d'Eslagne. Se levant après une trentaine de secondes, il tourna le dos au commissaire Thilovine, regardant par la fenêtre la ville d'Elbêröhnit. Se retournant de nouveau, il s'approcha de Lébian Thilovine, sur son côté, jusqu'à n'en être plus qu'à un mètre. Il faisait bien dix centimètres de plus que l'Empereur. Celui-ci se mit à sourire, de ce sourire si froid et énigmatique qu'on lui connaissait. Il lui dit alors :

- Monsieur Thilovine. Vous avez fait merveille en Eslagne... Mon père était pourtant assez furieux de voir que le Sieur Batignoles avait choisi quelqu'un de ses services, et non pas des Services Spéciaux, pour traquer et appréhender les terroristes qui se cachaient et nous défiaient. La guerre des services, vous connaissez cela, j'imagine ?

L'Empereur s'arrêta un instant et le commissaire eut alors le bon sens de comprendre que la question de l'Empereur n'attendait pas de réponse. En effet, peu de temps après, il poursuivit sur sa lancée, sans même paraître surpris :

- Connaissiez-vous Mathieu Vasseur, Monsieur Thilovine ?

Une nouvelle fois, l'Empereur semblait n'attendre aucune réponse. Et le commissaire Thilovine attendit silencieusement que l'Empereur poursuive.

- J'imagine bien que non, continua l'Empereur. Et rien de plus logique. C'était un agent des Services Spéciaux, du Bureau Impérial de la Répression Insurrectionnelle exactement. Et tout agent de ce service doit savoir passer inaperçu. Tant est si bien que cet homme, le meilleur d'entre tous, le plus fidèle qui fut à mon père, est mort. Il a été assassiné durant la Fronde d'Elbêröhnit.

L'Empereur s'arrêta, s'éloignant de Thilovine pour se rasseoir derrière son bureau. Il poursuivit alors, souriant toujours froidement :

- C'est une grande perte pour l'Empire. Immense, assurément. Cependant, est-elle irremplaçable ? Certains de mes conseillers m'affirment que oui. Peut-être, mais... J'en doute. Je pense personnellement que quelqu'un peut le remplacer.

Il s'arrêta un instant, cessant définitivement de sourire, et regardant fixement dans les yeux son interlocuteur, il lui dit de manière ferme :

- Ce quelqu'un c'est vous.

Le commissaire n'avait que légèrement tressailli en entendant l'affirmation impériale, mais suffisamment pour que l'Empereur l'aperçoive et en sourit. Ce dernier dit alors :

- Si vous l'acceptez, vous intégreriez les services du Bureau Impérial de la Répression Insurrectionnelle. Vous auriez en quelque sorte tout pouvoir, car vous n'êtes pas sans savoir que ce service n'a pas de mission particulière à remplir... autre que celle que je lui assigne.

L'Empereur paraissait plus glaçant que jamais. Son sourire froid couplé à ses propos prononcés d'un ton doux et aimable alors que leurs sous-entendus paraissaient lourds de conséquences n'étaient guère rassurants. Décidément, il était bien loin de l'humanité qui ressortait naturellement de feu son père. Mais Lébian ne montra rien et l'Empereur continua :

- Vous garderiez bien entendu votre poste de commissaire comme couverture, ainsi que ses émoluments, lesquels seraient complétés par le traitement réservé aux agents... plus quelques primes.

Continuant, après un nouvel arrêt, il dit :

- Bien entendu, vous seriez amené à jouer avec la légalité, et à vous affranchir de certaines limites inhérentes à votre métier originel de policier. Les missions que vous auriez à remplir n'auraient rien d'ordinaire... ni d'officiel. Autant dire que toutes vos instructions seraient orales. Et qu'en cas d'échec, vous seul auriez à en assumer les conséquences.

L'Empereur quitta son sourire, et sans faire un seul geste, il parut cependant menaçant. Il dit alors en conclusion :

- Acceptez-vous l'offre que je vous fait ?

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Lébian Thilovine



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MessageSujet: Re: Un travail à vous faire faire   Sam 6 Aoû - 22:47

Lébian avait pris grand soin d'écouter l'Empereur avec attention, analysant chacun de ses gestes afin de définir les traits de sa personnalité. Plusieurs erreurs avaient été commises durant l'exposé du monarque, mais l'officier de police n'avait rien dit, se contentant d'enregistrer tout ce qui lui était dit. Machinalement les doigts de sa main droite semblaient pianoter sur sa cuisse, comme s'il jouait une composition musicale ; le geste, calculé avec soin semblait presque anodin, les mouvements rythmés et répétitifs n'attirant guère l'oeil.

De prime abord, s'il était vrai que le Ministre de l'Intérieur avait choisi un homme dépendant actuellement de son Ministère, Lébian avait été de nombreuses années au sein des Services Spéciaux et avait opéré aussi bien au Belondor qu'en opérations extérieures. La guerre des services il la connaissait et l'avait menée à de nombreuses reprises pour clore ses dossiers, tant lorsqu'il était au Ministère de la Guerre qu'au sein du commissariat dont il dépendait.

A l'évocation du nom de Mathieu Vasseur, Lébian s'interrogea sans pour autant que sa sa surprise ne puisse se lire sur son visage, impassible. Bien sûr qu'il connaissait Mathieu, ils avaient opéré ensemble durant plusieurs missions au Zollernberg, en Russlavie et en Germanie lorsqu'ils étaient tous les deux de jeunes officiers des Services Spéciaux. Ils avaient perdu tout contact depuis plusieurs années mais les noms de l'un comme de l'autre revenaient parfois dans les discussions, comme pour se rappeler au bon souvenir d'une époque révolue. Ainsi, si l'officier savait que l'agent Vasseur avait rejoint la Répression Insurrectionnelle, il venait d'apprendre sa mort.
Lorsque l'Empereur tourna le dos pour se rasseoir derrière son bureau, le policier fit la moue, particulièrement attristé par cette nouvelle. Le sourire froid de l'Empereur le gêna d'autant plus que sa proposition pouvait être logiquement devinée. L'Empereur semblait néanmoins mal conseillé puisque ses plus proches collaborateurs n'avaient visiblement pas pris la peine de s'intéresser à son dossier personnel... Sa Majesté Impériale aurait-elle eu donc quelque cachotterie pour ses plus loyaux serviteurs au point de ne pas les avoir questionné sur son passé ou étaient-ils simplement incompétents ? A cette question, Lébian préféra croire que le jeune et fougueux souverain n'entendait en faire qu'à sa tête sur cette question de nomination.

C'est à l'idée de voir un Empereur décider seul dans son coin sans en parler aux gens qui l'entouraient que Lébian tressaillit. Que son nom soit évoqué pour remplacer son ami d'autant ne l'avait guère étonné tant son dossier était finalement admirable et enviable sur bien des points.

La façon d'amener la nomination tant sur le fond que sur la forme intrigua l'officier de police. Décidément, le jeune monarque n'avait absolument pas le caractère réservé et timoré qu'on peignait de lui depuis de longues années. Il était au contraire le chien fou et l'impétueux personnage que l'on attribuait plus volontiers à son cadet. Au fond, son extrême froideur trahissait un manque total de confiance en soi et d'une croyance erronée d'un contrôle total sur les événements. Plutôt que d'admettre qu'il ne pouvait raisonnablement tout gérer, Nabelnine II voulait montrer qu'il était le métronome d'un Empire aux contours sans fin.

Ses effets d'annonce ne servaient désormais à rien Lébian l'avait démasqué et voyait clair dans son jeu. Le jeune homme cherchait quelqu'un d'expérience pour remplir les basses besognes. Bien évidemment, il lui était impossible de refuser, l'ordre venant directement de l'homme le plus puissant au monde. Mais Lébian voulait-il seulement refuser cette promotion ? Assurément pas ! Ce n'était pas tant car il aimait le pouvoir ou qu'il souhaitait renouer avec l'époque passée dans les Services Spéciaux mais il savait que s'il refusait, l'Empereur risquerait de trouver quelqu'un de dangereux, prêt à tout pour gagner en autorité et en pouvoir.

Préférant se dire qu'en jouant sur les deux terrains il pourrait faciliter la résolution des affaires non-élucidées sur lesquelles il travaillait, parfois depuis des années, Lébian prit alors la parole :


" Votre Majesté, en tant que citoyen belondaure mon devoir est de me placer sous votre autorité. Votre proposition n'a pas à être acceptée ou refusée, je la considère comme une nouvelle consigne qui m'est donnée dans l'exercice de mes fonctions. Je sers l'Empire depuis plusieurs décennies maintenant et je serai honoré de continuer à le faire selon vos attentes.

Vous n'aurez qu'à dire ce que vous attendez de moi et je m'efforcerai de remplir les missions qui me serons confiées. "

Le commissaire n'avait pas levé les yeux vers l'Empereur, se contentant de regarder le costume du souverain avec un regard vide, marquant sa soumission totale - bien qu'apparente -. Pour ce qui intéressait la manipulation et le double-jeu, Lébian était loin d'être mauvais ; qu'en serait-il pour Sa Majesté Nabelnine II ?
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MessageSujet: Re: Un travail à vous faire faire   Dim 7 Aoû - 21:23

L'Empereur ne s'était rendu compte de rien de ce qu'avait pu penser son interlocuteur, passé maître dans la dissimulation de ses pensées. Si seulement il avait su ! Il est certain que l'Empereur n'en aurait pas été réjoui, loin de là. Mais il l'ignorait et l'Empereur avait obtenu la réponse qu'il souhaitait à sa question, sorte d'ordre maquillé en offre impossible à refuser. Reprenant donc son sourire, l'Empereur dit donc à Lébian Thilovine :

- Parfait, Monsieur , commença-t-il. Vous avez fait le bon choix. Votre première mission, toute officieuse est simple. Les anciennes familles régnantes de Gélèbre, d'Eurone, d'Hollyade et du Matnal vont être transférées en Ismarkie, où elles bénéficieront de différents lieux de résidence et de terres. Elles y vivront bourgeoisement et cesseront de faire ainsi peser une menace sur la paix, la justice et l'unité du monde. Cependant...

L'Empereur s'arrêta un instant, semblant de nouveau jauger ce commissaire qui n'en était plus. Cet homme l'intriguait, il paraissait plus froid qu'une tombe, ou que les neiges de Sibérie. S'il devait y avoir un individu capable d'accomplir cette œuvre, c'était à l'évidence ce Lébian Thilovine. Reprenant, il dit alors :

- Cependant, si par malheur il devait arriver un accident à ces membres des plus illustres familles de Germanie, que ce soit au Belondor dans leur trajet jusqu'au port d'Ecosient, sur mer, ou bien en Ismarkie, une fois arrivés... Si, par malheur donc, ils devaient souffrir d'un accident, l'Empire les honoreraient. Nous ne sommes pas des barbares après tout...

L'Empereur regarda alors dans les yeux ce Thilovine, qui jusqu'à présent s'était dérobé, et lui dit froidement :

- Me suis-je bien fait comprendre, Monsieur Thilovine ?

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MessageSujet: Re: Un travail à vous faire faire   Dim 14 Aoû - 5:27

La requête de l’Empereur des Belondaures semblait en premier lieu irréalisable. Comment un homme avec un semblant de morale pourrait-il faire exécuter les anciennes familles des quatre territoires germains simplement pour leur empêcher de revendiquer un jour leur pouvoir perdu ? Evidemment, Lébian n’était pas un homme à faire sans la morale ni même dans le sentimental. Pour lui, seul comptait le résultat et la correcte application des ordres confiés.

Plongeant son regard, durci par l’âge et les expériences de la vie, dans celui du jeune souverain, il répondit avec flegme :


« Il va de soi que si un accident devait arriver aux anciennes familles régentes de Germanie, à aucun moment la couronne Belondaure ne serait soupçonnée de près ou de loin. »

Il était clair que pour tuer autant de personnes il fallait que le plan soit diaboliquement établi et que des pertes collatérales seraient inévitables.

« La tragique disparition de familles germaines de haut rang risquerait d’éveiller les soupçons sur votre Cour voire sur vous-même, Majesté. Je sais néanmoins comment je vais opérer pour que tout se passe selon vous souhaits. »

Son regard n’avait pas fléchi. Puisque le jeune présomptueux voulait s’assurer de son emprise sur le vieux roublard il était hors de question de ne pas entrer dans son jeu. Assurément, Lébian savait quoi faire ; il n’était pas à son premier coup d’essai. Il lui faudrait néanmoins du temps pour préparer son plan et il devrait nécessairement compter sur des gens de confiance.

« Je vais avoir besoin d’hommes, d’argent et de matériel pour pouvoir assurer la réussite de cette opération. Je n’aurai pas besoin de beaucoup de moyens ou d’effectifs mais il va me falloir du temps pour pouvoir tout préparer dans les moindres détails.

Quand les germains doivent-ils quitter la métropole pour l’Ismarkie ? »

Pris par le sérieux de l’affaire, le nouvel agent du Bureau Impérial de la Répression Insurrectionnelle n’esquissait pas même un sourire. Il agirait avec professionnalisme, mettant de côté ses considérations personnelles. Néanmoins, une chose était sûre : si Nabelnine II était prêt à faire tuer des dizaines de personnes sans le moindre remord, il serait prêt à commettre les pires atrocités du monde !
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MessageSujet: Re: Un travail à vous faire faire   Mar 16 Aoû - 21:21

L'Empereur resta impassible lorsque son agent lui répondit qu'il était prêt à commettre la chose la plus innommable qui soit au nom de la raison d'État et de son devoir d'obéissance envers l'Empereur. Il était pourtant on ne peut plus satisfait. Il était certain que, jamais, son père n'avait donné de tels ordres, des ordre plus froids que les pentes enneigées des Valanques et plus diaboliques que les Enfers eux-mêmes. Lébian Thilovine n'avait pas semblé choqué, ni même surpris. Peut-être n'approuvait-il pas, mais au moins il ne le montrait pas. C'est à ce moment que l'Empereur fut certain qu'il était l'homme de la situation et qu'il pourrait compter en toutes circonstances sur et homme dévoué et loyal, jusque dans les plus basses œuvres qui soient. Soutenant le regard de celui qui était redevenu - sans que l'Empereur ne sache qu'il l'eut été autrefois, les dossiers de Thilovine ayant été détruits - agent du Bureau Impérial de la Répression Insurrectionnelle, il lui dit :

- Vous bénéficierez de tout ce dont vous aurez besoin. Si l'on vous met des bâtons dans les roues dans cette entreprise, référez-en à moi, et je donnerai l'ordre que l'on exécute votre volonté.

Nabelnine II s'arrêta un instant, et reprit :

- Cette mission débutera quand vous le souhaiterez... L'ordre de transfert n'a pas encore été signé. Ce... travail... est capital. Vous devrez être le plus discret possible. J'ai pleine confiance en vous.

Il s'arrêta et se leva de son fauteuil, tournant le dos à son interlocuteur, regardant la cité d'Elbêröhnit par delà les grandes vitres de son bureau. Il lâcha une simple phrase en conclusion :

- Vous pouvez disposer.

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MessageSujet: Re: Un travail à vous faire faire   Lun 22 Aoû - 10:33

L’Empereur en avait donc désormais fini avec lui, préférant visiblement la beauté du paysage plutôt que celle de son interlocuteur. Lébian, qui aimait toujours avoir le dernier mot dans une conversation s’offrit donc l’immense plaisir de clore la discussion :

« Il sera fait selon votre volonté, Majesté. »

Sans attendre de réponse, il tourna les talons et quitta le cabinet de l’Empereur. Ce jeune homme avait l’assurance et l’intelligence des grands hommes mais ce qui lui manquait cruellement était l’expérience. Le nouvel agent secret de Sa Majesté sentait la puissance dégagée par Nabelnine comme un vieillard sentait la mort s’approcher. Offrir son dos à une personne capable de réaliser les pires choses était la preuve de son extrême confiance sinon supériorité et il ne s’était pas trompé.

Désormais, il importait pour le Commissaire de Police de reprendre ses dossiers afin de sauver les apparences, tout en préparant dans le plus grand secret l’exécution de sa mission.

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Un travail à vous faire faire
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