L'Empire du Belondor

Micronation s'inspirant du Premier et du Second Empire français ainsi que de la Rome antique.
 
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 La fin d'une époque

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Hans Turmwächter



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MessageSujet: La fin d'une époque   Ven 14 Aoû - 6:53

37 Nabelnine, Alsterdyon


Le Palais d'Alsterdyon avait toujours eu pour réputation d'être un lieu vivant où Oratores et Bellatores se côtoyaient alors que le soleil perçait à peine l'horizon, les premiers revenant après les ‘Louanges’ et les autres préparant l'arrivée du monarque, le Grand-Duc Louis VIII connut à travers l'Hollyade comme ayant pour habitude de débuter ses journées aux aurores et de les finir au crépuscule. Néanmoins en cette matinée, aucun des cardinaux ou archevêques habitués à serpenter les couloirs du Palais n'étaient présents ce qui souleva de nombreuses questions au sein de la Cour grand-ducale.

A quelques lieues du Palais au sein de l'archibasilique du Grand-Saint-Sauveur-Estoine, Son Eminence le cardinal-archiprêtre Hans Turmwächter ouvrait le Grand Synode d'Alsterdyon en vue de régler les problèmes liés à la foy syiste au sein du Grand-Duché depuis les dernières années ; était ainsi question la place de la science et de la technique, la guerre contre le Belondor et un sujet plus politique que religieux, le mariage avorté entre un jeune mâtiné zorthodoxe déguisé en syiste et l'Infante d'Hollyade. Étaient ainsi présents en vue de débattre, en plus du cardinal-archiprêtre : six cardinaux ; quatre archevêques et seize évêques légataires, représentant ainsi les différents archidiocèses et diocèses de l'Hollyade ; quatre-vingt évêques répartis dans les différentes villes du Grand-Duché. Enfin, de très nombreux prêtres et chanoines et curés avaient fait le déplacement à l'appel des instances supérieures et semblaient désireux d'ouïr les invectives faites face à la situation actuelle qui ébranlait la vraie foy syiste et d'apprécier les décisions qui seraient prises au terme de ce synode. Il y avait de facto, une centaine de personnes attablées et trois ou quatre fois le nombre assises dans la nef en vue de former une assistance muette mais attentive.

Tandis que les derniers clercs prenaient place, Son Excellence cardinal-archiprêtre Turmwächter frappa à trois reprises sur la clochette disposée devant lui avec un maillet en bois orné d’or et de pierres précieux et déclara de façon solennelle :

« Le Synode est désormais ouvert. »

Sa voix puissante résonna depuis la croisée du transept où son siège était placé, jusqu’au narthex qui lui faisait face, aux extrémités du transept de part et d’autre de Sa Sainte Personne et de la longue tablée, aux chapelles absidiales et enfin jusqu’en haut de la tour-lanterne elle-même. Conformément aux canons syistes en vigueur dans les territoires germains, c’était au cardinal-archiprêtre de prendre la parole en premier en vue d’ouvrir le Synode, tout en long afin d’en conduire les discussions et enfin en dernier, en vue de le clore. Il servait par la même de modérateur et devait offrir à chaque participant le loisir d’exprimer son point de vue, tant qu’il n’était pas offensant pour l’Eglise. Ainsi, afin que chacun soit mis au fait des débats à venir, le religieux poursuivit :

« Si nous sommes réunis aujourd’hui, c’est en vue de discuter ensemble des problèmes qui se posent au sein du Grand-Duché et qui contraignent la libre expression de la foy syiste. Depuis de nombreuses années, nombres de missives m’ont été adressées et j’ai tâché par rescrit ou par correspondance d’apaiser le cœur de ceux qui se sentaient meurtris au plus profond de leur être.
S’il est un mal qui hante notre Grand-Duché, venant à écarter de la foy nombre de laïcs, c’est le progrès technique, la science telle qu’elle aujourd’hui appelée par les courtisans et autres scientistes soupçonnables et soupçonnés d’hérésie, de trahison et passibles d’excommunication. Ainsi, l’emploi de machines mécaniques, l’utilisation d’instruments font florès pour expliquer le monde tel que nous le connaissons aujourd’hui et ces adorateurs du mal tentent irrémédiablement de détruire l’Image du Divin et Son Œuvre. L’un des motifs ayant conduit aujourd’hui à l’ouverture de ce Synode est un discours tenu par le Son Altesse Sérénissime Louis VIII en personne, lorsqu’il utilisa un monstre de toile appelé aérostat et visant à le faire voler au gré des vents. Il évoqua en marge de son tour en ballon ‘ la sensation d’être libéré de la pesanteur du monde et de sentir au-dessus de tous les hommes ’, il se sentait de ce fait ‘assurément plus fort’ car il les percevait ‘comme de simples tâches au milieu de l’immensité de la terre’ et ceci lui donnait le courage de reprendre les armes contre quiconque viendrait s’attaquer à nôtre pays. Ces propos n’ont tout d’abord pas eu de résonance particulière parmi la Cour qui avait fait le déplacement mais la note consciencieusement prise par un chanoine honoraire présent ici-même et qui vous fera lecture d’autres passages. Ces écrits ont été longuement étudiés et recoupés avec d’autres témoignages leur conférant ainsi un statut authentique.
Nos débats devront ainsi porter sur l’emploi des objets liés à la technique démoniaque et aux décisions qui pourront être prises en vue de préserver les mœurs et par la même la société. »

Le cardinal-archiprêtre était écouté avec un profond respect, sa parole ayant toujours attention. En effet, eu égard à son statut conféré par le Pape Yvon T'ester et à son charisme ayant permis à l’Église de renforcer sa position au sein du Grand-Duché, nombreux étaient ceux qui voyaient en lui un un guide de la foy et clercs comme laïcs suivaient avec un intérêt particulier ses messes prenant la peine de retranscrire au mieux chacune de ses phrases. Au demeurant, sa qualité de chapelain profès des Chevaliers de la Sainte Foy en Hollyade et Maître Général de l’Ordre des Lettres et des Armes – dont il avait repris le nom peu usité de l’Ordre des Lettres, lui conférait une aura dépassant l’entendement. Ces deux ordres, le premier de nature militaire et le second de nature religieuse étaient d’anciens ordres de Gallice dont le cardinal-archiprêtre avait réussi l’implantation au sein du Grand-Duché les répandant et les administrant selon sa charge avec soin, de sorte qu’ils soient les plus puissants. Il n’était donc pas étonnant que plusieurs clercs transcrivent son intervention, les écritoires en bois posés sur les genoux et les plumes en main, trempées de façon frénétique dans l’encre bleue.
Pour discourir, Son Excellence Turmwächter était resté debout et parlait à l’attention des gens de la tablée tout en jetant des regards rapides en direction de l’assemblée. Profitant du plus grand silence, il poursuivit :

« Une autre tromperie à la Très Sainte Eglise Syiste devra être discutée des sanctions sûrement prises à l’encontre de son auteur ; depuis plusieurs mois, Son Altesse Sérénissime Louis VIII discutait avec la duchesse douairière belondaure Anna de Varsalance, en vue d’unir son petit-fils Guillaume à l’Infante Juline d’Hollyade. L’aristocrate belondaure a caché les sacrements zorthodoxes faits à son descendant assurant sa foi syiste à Son Altesse Sérénissime qui s’est empressé de la croire sans vérifier qu’il avait reçu les sacrements syistes ; l’objet de ce mariage était sans conteste politique et il n’est nul lieu de rappeler l’importance d’une voix venant du Belondor en vue d’assurer au Grand-Duché quelque avantage lors de la signature du Traité de Paix.
Il est ainsi de bon aloi de noter que jamais le jeune Guillaume de Varsalance n’a reçu le bâptême ou la confirmation syiste et qu’il est noté dans les registres de l’Eglise Zorthodoxe ; Son Altesse Sérénissime a donc osé s’affranchir des lois canoniques en vue d’assurer sa régence pour les années à venir. »

Un frisson parcourut la Basilique et de nombreux cris et injures -sans pour autant être blasphématoires, se firent entendre. Depuis plusieurs mois, le Haut-Conseil, cabinet personnel du Grand-Duc composé tout ou partie par des membres du clergé, se voyait devancé par des prises de décisions personnelles du régent allant à l’encontre des règles protocolaires et des ordonnances rédigées depuis plusieurs décennies. La tentative d’union entre les Maisons de Varsalance et de Werthatk avait conduit à une dispute explosive et Son Excellence Turmwächter avait du intervenir rappelant les règles du droit canon et l’impossibilité d’une union entre un zorthodoxe et une syiste, ce à quoi le Grand-Duc avait répondu qu’il était le seul souverain sur ses terres.

Dès lors, les relations entre le clergé et la cour s’étaient véritablement tendues et le tiers-état avait eu droit à de nombreux échos grâce aux messes et aux prédications ternissant l’image d’un monarque déjà semblablement affaiblie depuis le début de la guerre contre le Saint Empire Belondaure. D’ailleurs, tous les participants et auditeurs du Synode avaient en tête cet échec militaire et beaucoup étaient d’avis que les gouvernants avaient leur part de responsabilité. Ainsi, l’intervention sur le sujet par le cardinal-archiprêtre semblait des plus logiques :

« Sus à cela, il nous restera ensuite à évoquer la situation de l’Eglise Syiste après la défaite des territoires germains et in fine, du Grand-Duché d’Hollyade face au diable zorthodoxe qu'est l’Empire du Belondor. »

Une clameur envahit derechef le transept et la nef, de nombreux bras se levant comme voulant faire front aux erreurs des monarques. En effet, nombre des participants étaient membres de l’Ordre des Lettres et des Armes dont l’un des thèmes d’étude portait sur la stratégie militaire et tous s’étaient accordés à dire que l’intervention militaire de l’Hollyade avait cruellement manqué d’inventivité et d’opportunisme et que la guerre aurait pu connaître une fin bien plus différente si les avis énoncés par les membres de l’Ordre présents au sein du Haut-Conseil avaient été écoutés et appliqués par le souverain.

Alors que les cloches sonnaient huit heures, les débats allaient enfin pouvoir débuter.


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Hans Turmwächter



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MessageSujet: Re: La fin d'une époque   Ven 14 Aoû - 13:20

Lorsqu’il y fut invité par le cardinal-archiprêtre, le cardinal-évêque Conrad Von Buch prit la parole :

« Conformément au programme, je souhaite m’arrêter sur les propos tenus par Son Altesse Sérénissime Louis VIII lorsqu’il essayât l’objet volant que l’on dénomme aujourd’hui de façon démocratisée un aérostat. Le chanoine ayant eu l’audace de prendre note des propos tenus par le souverain d’Hollyade pourrait-il donc nous faire lecture dudit discours afin que chaque membre de la tablée puisse être juge des immondices dites ? »

D’un signe de la main, le cardinal-archiprêtre Turmwächter autorisa un homme de l’assistance vêtu en habit de cœur à se lever et lui indiqua un petit promontoire disposant d’un pupitre près de la croisée du transept. Prenant place dans un silence pensant, le chanoine disposa face à lui une feuille manuscrite, il fut alors invité à se présenter et à lire le document :

« Chanoine Brémond Ermenherus. »

Après s’être raclé la gorge, le clerc débuta d’une voix timide, tandis qu’une centaine de paires d’yeux et autant d’oreilles le suivaient :

Dicours du Grand-Duc Louis VIII a écrit:
Propos recueillis 25 juillet de l’an de grâce 1709.

Mes chers tous,

Je viens de côtoyer les anges au cours de la dernière heure et j’entends encore la douce voix des chérubins chanter au creux de mon oreille. Les mots me manquent, alors même qu’il y a encore quelques instants, lorsque ce cadeau divin me faisait voler haut dans le ciel, je n’avais pas de cesse d’adresser des louanges à son inventeur.

Cet outil, car c’est sa véritable fonction, m’a offert la sensation d’être libéré de la pesanteur du monde et de me sentir au-dessus de tous les hommes. En effet, alors que nous étions à trois cent pieds de hauteur, les hommes et les femmes qui se mouvaient sous moi ne me semblaient n’être que des points minuscules, faibles, aisément écrasables. Ceci m’a donc rendu assurément plus fort, et je gage que si l’aérostat venait à pouvoir être utilisé par l’armée grand-ducale, nous pourrions vaincre sans peur un ennemi bien plus nombreux que nous. Car oui, les soldats sont de fait comme de simples tâches au milieu de l’immensité de la terre et il sera de nôtre devoir de la rendre immaculée en soustrayant la vie de chaque impur qui osera combattre l’Hollyade.

Je suis persuadé que dans cent ans, lorsque les hommes auront pris pour habitude de voyage haut dans le ciel, lorsqu’ils auront compris ce que Dieu ressent comme je l’ai ressenti à l’instant, ils se souviendront de nous et de nôtre témérité et ils nous élèveront au rang des Grands Hommes.

Lorsque le chanoine eut fini de lire, plusieurs évêques et prêtres se levèrent furibonds en traitant le Grand-Duc d’hérétique, de traître, de rebelle contre la Sainte Eglise Syiste d’Hollyade ainsi que de blasphémateur et ils appelaient dans leur ire à un jugement en vue de faire toute la lumière sur cette affaire. Devant la bronca suscitée, Son Eminence Turmwächter appela au calme d’une voix assez puissante pour se faire entendre à travers l’archibasilique et remercia le clerc pour son témoignage. Profitant du silence, le cardinal Conrad Von Buch intervint :

« Voilà un discours qui aurait valu à un gentil homme la lapidation sinon pis. Le Grand-Duc se détache depuis plusieurs mois des préceptes de l’Église pour s’intéresser aux sciences, parfois occultes, espérant ainsi vaincre ses ennemis grâce à la sorcellerie ; peut-être a-t-il oublié qu’à vaincre sans péril, on triomphe sans gloire. Peut-être a-t-il oublié que sa régence a été depuis de nombreuses années secondée par la Sainte Eglise d’Hollyade, permettant d’apaiser le peuple lorsque celui-ci se sentait floué.

Aujourd’hui, à la façon d’un enfant à qui l’on aurait offert un jouet, voilà que le Grand-Duc pense ne plus avoir besoin de l’appui de l’Église et se tourne donc vers le progrès, vers la science en ose même dire que celle-ci permettra à tout le monde de ressentir le monde de la même façon que Dieu ! »

Au milieu des nombreuses approbations, le cardinal renchérit :

« Le mois dernier, le Grand-Duc a inauguré un observatoire destiné à regarder le ciel et à y contempler les étoiles, ce mois-ci il cherche à quitter le sol que nous foulons depuis des millénaires, qu’osera-t-il le mois prochain ?

En pervertissant les mœurs, il cherche ainsi à décrédibiliser l’Église forçant de ce fait les comportements contraires aux dogmes ; nôtre devoir est d’intervenir et d’empêcher que le mal ne soit trop grand et que la repentance des pécheurs ne soit trop ardue. Le peuple est fidèle à qui sait prendre son partie, nous l’avons depuis toujours assisté, il est de nôtre devoir une fois encore d’assurer son salut. »

L’intervention du membre du haut-clergé ne semblait souffrir d’aucune contestation tant les applaudissements ne désemplissaient pas. Néanmoins, une opposition discrète constituée de quelques évêques qui se considéraient comme relevant des abjurateurs restait stoïque, s’occupant simplement à rédiger de nombreuses notes dont certaines étaient à l’attention du Grand-Duc en personne. En effet, le monarque, avide de pouvoir et de reconnaissance avait bien vite compris que malgré l’unanimité apparente qui s’affichait derrière le cardinal-archiprêtre quelques voix osaient s’opposer dans l’ombre. Le courant abjurateur était bien évidemment restreint en nombre mais leur culot valait pour le double, il semblait donc presque normal de voir de petits papiers circuler au milieu de la table à destination d’untel ou d’untel en vue de l’avertir de l’imminence d’un avertissement au Grand-Duc et du besoin de faire parvenir l’armée devant l’Archibasilique avant que le mal n’empire. Néanmoins, les portes ne seraient rouvertes qu’à midi et pour une heure seulement, les Chevaliers de la Sainte Foy assurant la garde du bâtiment saint.

C’est donc au milieu de ce tumulte que son Eminence Hans Turmwächter reprit la parole :

« La science sans conscience n’est que ruine de l’âme ; c’est par ces propos qu’un éminent membre de l’Ancien Ordre des Lettres et des Armes débuta son analyse voilà bientôt trois siècles sur les apports de la technique au monde. Depuis les progrès qui ont été faits profitent chaque jour à l’humanité, sans que les louanges qui pourraient être adressés à Dieu pour ces cadeaux bénis ne soient prononcés. Malgré tout, Il considère que nous sommes aptes à employer des objets dont les caractéristiques nous échappaient encore il y a peu, assuré que nous saurons en faire bon usage. Néanmoins, depuis plusieurs années maintenant, il semble que la machinerie diabolique ne vienne prendre place dans les armoires et coffres car si la science permet chaque jour de voir nos conditions de vie évoluer, tendre vers l’infinie amélioration elle nécessité tout de même des garde-fous ; l’homme est par nature guidé par la perversité et il fait parti de nôtre lourde tâche que de le rendre meilleur chaque jours, s’il lui est donc permis d’employer un objet à des fins malignes il n’hésitera pas et son âme sera ainsi égarée. Pourtant, si la science suit la conscience alors l’évolution se fera dans la bonne voie, conformément à la Volonté Divine car Il détient la Vérité et nous en fait grâce chaque jour.

Passé ce postulat, nous pouvons donc rapprocher la conscience à la religion car elle est gardienne des mœurs et vient ainsi assurer chaque jour la protection du peuple. De part ce fait, l’emploi d’un objet contraire à l’éthique religieuse viendrait à l’encontre même du développement et du progrès promis par Dieu et conduirait inexorablement le peuple vers la déchéance et la damnation.

Afin de garantir la salvation des âmes, il nous faut donc intervenir et constituer un Office qui soit en charge d’approuver ou non les découvertes et conduire ainsi le cheminement du progrès gardant ainsi en tête que chaque chose doit permettre l’accession pour le peuple à l’Éternité. Cet Office garantirait ainsi la légitimité ainsi que l’authenticité de l’objet ou de l’outil créé et viendrait conférer une propriété sur la découverte détenue pour moitié par l’Église et lui offrant ainsi une compensation pécuniaire en cas de volonté d’utilisation massive. »

Depuis le début de la guerre, le budget de l’Église était en berne, les cassettes se vidant plus rapidement qu’elles ne se remplissaient grâce aux dons paroissiaux et aux nombreux impôts, taxes et réparations. Il était donc opportun que le Synode profite de la situation pour faire voter la constitution d’un Office permettant à la fois d’assurer le contrôle sur les découvertes et innovations faites ainsi que le financement de l’Église. Les discussions poursuivirent ainsi plus de trois heures en vue de définir la mise en place de cet Office qui devrait être approuvé par la curie marceinne. A l’appel du vote, les mains se levèrent sans gêne et la quasi-unanimité fut réunie permettant de passer à la suite.

« Maintenant que l’Office Patriarcale pour la technique & le progrès a été votée, il est temps pour nous de nous intéresser à la tentative d’union entre l’Infante Juline d’Hollyade et Guillaume de Varsalance, héritier douairier au Duché de Varsalance au Belondor… »

Si la volonté de poursuivre le plus rapidement possible était présente, les cloches sonnèrent douze heures, forçant ainsi à repousser à plus tard la tenue des débats. Le cardinal-archiprêtre eut un rictus alors que le dernier coup sonnait sachant que les portes de l’archibasilique seraient rouvertes jusqu’à treize heures et que les allées et venues seraient permises à tous les intervenants, il savait surtout que l’absence de la majorité des membres du cabinet personnel du Grand-Duc pour le conseil hebdomadaire poserait nombre de questions et que Son Altesse Sérénissime comprendrait bien vite la manigance. Malgré tout, Son Eminence Turmwächter n’intervint pas, laissant la procession traverser la nef tandis que nombre de fidèles pénétraient dans l’édifice.

A la reprise de la séance, il faudrait indéniablement accélérer et ainsi avoir fait voter des sanctions à l’encontre du souverain avant que celui-ci n’ait le temps d’intervenir et de faire intervenir son armée quand bien même une immense majorité du peuple viendrait prendre la défense du clergé face à un grand-duché déjà profondément meurtri par son entente avec la Gélèbre et sa défaite militaire face au Belondor.


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MessageSujet: Re: La fin d'une époque   Ven 14 Aoû - 13:46

Le Grand-Duc n'avait pas attendu l'arrivée des missives ne portant aucun sceau pour comprendre que la situation tournait à son désavantage. Lorsqu'il était arrivé dans son Cabinet en vue de la tenue du Haut-Conseil, l'absence remarquée de 9 des 12 membres qui le composait ne pouvait souffrir d'aucun doute, les menaces longtemps sous-entendues étaient désormais exécutées et la tenue d'un Synode avait visiblement été préparée dans le plus grand secret. Ainsi, dès dix heures du matin il avait fait venir plusieurs généraux ainsi que quelques théologiens de l'Académie d'Altserdame en vue d'apprécier les éventuelles sanctions qui pourraient être prises à son égard. Malgré les conclusions rassurantes de plusieurs hommes de foy, le risque d'un anathème était présent et viendrait donc littéralement opposer l'Église à l'État risquant ainsi de faire croiser le faire entre ordres chevaleresques et armées grand-ducales.

Devant les nombreuses alternatives qui s'offraient à lui, le Grand-Duc hésitait à prendre les devants en s'attaquer par la force à ceux qui osaient remettre en cause sa légitimité et il refuserait de se laisser condamner sans se défendre. Au demeurant, sa seule intervention durant le Synode risquait de lui porter un coup de grâce dont il souhaitait évidemment s'épargner.
Il somma donc les abjurateurs qui l'avaient rejoint de descendre en ville et d'appeler le peuple à dénoncer aux agents royaux les clercs qui osaient remettre en cause sa légitimité sur le trône du Grand-Duché, insistant sur le fait que ceux qui refuseraient de servir leur souverain seraient pendus sinon pis. En sus, il commanda aussi que des messes soient célébrées et que des éloges à son égard soient faits, se moquant désormais des risques qu'il encourait. Enfin, il ordonna que trois contingents d'hommes à pieds et deux de cavaliers ne rejoignent l'Archibasilique du Grand-Saint-Sauveur-Estoine et que ne soit arrêté ce simulacre de Synode ressemblant plus à un procès d'intention fait à son égard et auquel il ne pouvait se défendre.

Deux milles hommes portant la livrée du Grand-Duc prirent donc position autour de l'Archibasilique où nombre de clercs et de laïcs communiaient ensemble dans l'attente de la reprise du Synode. Face au nombre conséquent d'hommes en arme les cinq-cents Chevaliers de l'Ordre de la Sainte Foy en Hollyade semblaient bien peu et afin de protéger les hommes d'Église, ils ordonnèrent que tout le monde ne trouve refuge à l'intérieur avant qu'ils ne ferment les portes et se préparent à livrer bataille sous l'autel de Dieu et pour son service. A leur tête, le Grand-Maître Georg Nichkensky harangua ses hommes en montrant la cupidité et la félonie du Grand-Duc Louis VIII qui osait ainsi s'opposer à la Toute Puissance Divine.

Dans les rues, les gens étaient rentrés chez eux, tâchant d'évoquer avant de fermer leur porte, l'incroyable situation au plus de monde possible. Quelques réactionnaires profitèrent de la situation pour monter des barricades dans les bas-quartiers où la vie était la plus rude créant les premiers heurts avec l'armée et avec eux débuta la Grande Commune.
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Hans Turmwächter



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MessageSujet: Re: La fin d'une époque   Ven 14 Aoû - 14:15

A l'intérieur de l'Archibasilique, les membres du clergé traversèrent le jubé en vue de rejoindre le cœur où ils espéraient pouvoir discuter ; si le Grand-Duc venait à s'en prendre directement à l'Archibasilique, nul doute que la réaction du Pape Diotr Ier serait extrêmement virulente et balayerait d'un seul coup le Grand-Duché. Cherchant à rassurer, le cardinal-archiprêtre prit la parole pendant que les nombreux fidèles qui se trouvaient à l'intérêt de l'édifice au moment de la fermeture des portes par les Chevaliers de l'Ordre de la Sainte Foy, étaient conduits dans la crypte par deux petites portes en bois.

« Voyez quelle honte secoue aujourd’hui notre pays ! Le Grand-Duc a pris les armes face à Dieu et à ses représentants sur terre, pensant sans doute ainsi faire taire la Divine Parole mais nul homme ne peut s’opposer à Sa Puissance et se soustraire à Son Jugement. En décidant d’attaquer un symbole aussi fort que ce Synode, Louis VIII a vendu son âme au diable de même que ceux qui l’ont suivi. »

Le cardinal-archiprêtre faisait évidemment référence aux abjurateurs qui avait quitté avec précipitation la tablée au moment de l’ouverture des portes et qui avaient fui vers le Palais d’Alsterdyon, pensant que le Grand-Duc leur octroierait un refuge. Mais si sur Terre il était possible de se cacher, tous les hommes étaient égaux face à Dieu et ça serait alors à lui qu’ils devraient expliquer leur geste inconsidéré.

Parmi l’assemblée cléricale de nombreuses voix se firent entendre et de nombreux évêques et prêtres étaient prêts à mourir en martyr si leur pays pouvait être libéré du joug de leur dictateur ; cette pensée, lourde de conséquence et que tout le monde avait en tête entraîna une crispation dans les rangs tandis que l’on entendait des cris à l’extérieur du lieu saint.
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MessageSujet: Re: La fin d'une époque   Sam 15 Aoû - 0:44

Il n'était pas encore tout à fait treize heures lorsque les premiers coups de feu furent audibles en l'archibasilique. Au grand étonnement - et sûrement soulagement des clercs présents au sein de l'édifice religieux, il n'était pas encore question d'une bataille rangée entre Chevaliers de l'Ordre de la Sainte-Foy et troupes de l'armée grand-ducal ; les cris plaintifs qui s'élevaient au loin, remontaient depuis la ville-basse où se trouvaient les quartiers les plus pauvres et en toute logique, les plus dangereux. Bien souvent l'armée avait dû être envoyée sur place, près du quartier des tanneurs et de celui des abattoirs en vue de calmer les esprits échauffés.

La Sainte Église d'Hollyade avait très vite compris l'importance de s'entendre avec ces hommes (et ces femmes) qui travaillaient dans des conditions déplorables, servant leur pays avec dévotion mais sans jamais ne trouver de retour. Leur tâche était d'une grande importance pour le peuple et d'autant plus pour l'aristocratie mais en aucun cas les remerciements ne se faisaient voir, les êtres souillés ne méritant vraisemblablement pas d'être considérés avec égard. Le cardinal-archiprêtre avait ainsi demandé, à l'occasion de l'ouverture de la Paroisse Sainte-Elsa d'Espérance, que le prêtre en charge du soin des âmes ait une oreille toujours attentive aux maux et qu'il aide autant que possible ceux qui souffrent. En quelques années, le lien qui s'était tissé entre l'Église et la population des bas-quartiers s'était considérablement consolidé et il semblait aujourd'hui normal de voir que le soulèvement populaire ait lieu.

Les tirs continuaient à se faire entendre de façon sporadique, l'armée répondant aux jets de pierre et de bâtons par les armes ; ce fut sans conteste sa plus grosse erreur car ne terrorisant en rien ceux qui s'étaient rebellés, le fait d'ouvrir le feu avait exacerbé la volonté jusque-boutiste de renverser le Grand-Duc et de pouvoir solder les décennies d'errements politiques, économiques et sociaux.
S'ils n'étaient au début qu'une vingtaine à s'être réfugiés derrière les chariots renversés, les tonneaux roulés et tout autre bric à brac dont ils disposaient, ils étaient désormais une centaine à faire monter les barricade, certains allant même à tirer sur l'armée depuis les toits des bâtisses mal famées.

Le soulèvement du peuple s'embrasa comme une trainée de poudre en quelques dizaines de minutes et ce furent vers trois heures de l'après-midi, plusieurs milliers d'hommes et de femmes qui combattaient avec vigueur une armée fortement affaiblie par la guerre contre le Belondor.

Le Grand-Duc se voyant ainsi obligé d'appeler des renforts, ne s'attendit point à voir paraître aux portes de la ville cinq milles soldats de Dieu, des Chevaliers de l'Ordre de la Sainte Foy ainsi que plusieurs centaines portant la livrée des Chevaliers des Tyrans d'Hollyade, descendants directs de l'Ordre chevaleresque des Tyrans de Gallice ; ces hommes, connus à travers les âges comme étant de farouches combattants serviteur de Dieu étaient aussi craints que la peste et les voir côtoyer l'Ordre de la Sainte Foy était sans nul doute une chance (ou malchance, c'est selon) unique. Stationnés à plusieurs lieues de la Capitale, ils avaient visiblement été alertés par quelque personne bien avisée.
Bien que portant les armes à la main, les soldats de Dieu ne semblaient pas vouloir combattre et demandèrent simplement à ce qu'ils puissent rejoindre l'Archibasilique en vue de protéger les hommes et les femmes qui se trouvaient en son sein n'excusant aucun refus.


Le Grand-Duc Louis VIII contemplait ce carnage magnifique depuis les terrasses du Palais d'Alsterdyon, entouré par ses plus fidèles hommes. Il venait d'être alerté que la majorité de ses corps d'armées se trouvaient près des frontières hollyado-belondaures et hollyado-gélèbroises et que les avertir et les rappeler prendre plusieurs heures sinon plusieurs jours. Il pouvait tout de même bénéficier de l'assistance de dix-milles hommes d'ici deux heures qui semblaient avoir été dépêchés grâce aux télégraphes optiques installés depuis plusieurs mois au sein du Grand-Duché.
Il lui faudrait donc gagner du temps et empêcher que la révolte ne se propage dans la campagne et ne vienne le surprendre dans d'autres villes ; il ordonna donc que toutes les portes de la ville ne soient fermées et réouvertes que sous sa seule demande et que les chevaliers visiblement dépêchés par l'Église ne soit bloqués dehors avant qu'il garde la maîtrise des événements à l'intérieur de ses murs.

Ce qu'il n'avait visiblement pas pensé et que personne n'avait osé lui dire, c'est que pour l'heure, seuls cinq-mille hommes en arme se trouvaient dans la Capitale et qu'un peu plus de cinq-cents-mille personnes y vivaient, le rapport de force tombant évidemment en sa défaveur.

A seize heures, la ville était ainsi protégée : trois-mille-six-cents hommes à pied étaient disséminés dans les rues de la Capitale afin de repousser les barricades et de garder un pied dans les bas quartiers tout en bloquant l'Archibasilique ; huit-cents cavaliers allaient et venaient en fonction des besoins ; six-cents artilleurs avaient pris place sur les remparts de la ville, canons pointant vers l'extérieur ainsi que sur la ville selon la nécessité.

Il ne fallait encore attendre qu'un heure avant de voir les renforts arriver et ainsi s'assurer de mâter la rébellion, mais tout ne se passa pas ainsi.

Le régiment qui avait été appelé depuis Swartek ne pensait pas que la ville prendrait littéralement feu dès lors qu'ils se seraient éloignés, la population ayant bien vite compris le manège et voulant régler quelques vieilles affaires avec le baron qui gouvernait à la façon d'un voleur. Ils durent donc faire demi-tour alors que la Maison de la Ville était en proie aux flammes et qu'une masse grouillante filait vers le château de la baronnie, armes en main.
Parmi les dix-mille nombreux étaient ceux qui avaient un grand-père, un père, un frère ou même un fils au sein de ce conglomérat de rebelles et tirer sur la foule leur était impossible ; plutôt que de risquer de tuer un de leurs proches, ils préférèrent la mutinerie et s'attaquèrent au commandement, qu'ils enfermèrent dans les geôles de la ville avant de demander le retour au calme de façon pacifiste, ce qui fut loin d'être acquis.

Pendant ce temps, la situation devenait ingérable au sein d'Altserdame, le nombre de militaires ne suffisant pas. Plusieurs centaines de blessés et quelques dizaines de morts étaient à déplorer et les vues parfois partagées avec ceux à l'origine de la rébellion rendait les affrontements d'autant plus difficile.
Voyant ainsi que la partie était perdue, les Généraux appelèrent à rassembler les hommes vers l'Archibasilique ainsi que vers le Palais afin d'éviter tout débordement ; le retrait, difficile voire même périlleux entraîna quelques désertions et de plus en plus de blessés et il fallut attendre de voir les canons pointés vers l'édifice religieux pour que le calme ne revienne. Il fut néanmoins de courte durée puisque les clercs et laïcs présents au sein de l'Archibasilique profitèrent de cet instant de répit pour entamer de puissants Te Deum dont la vigueur allégeait le cœur des révolutionnaires et alourdissait un peu plus celui des hommes du Grand-Duc.

Tout se passa alors très vite. Les Chevaliers de l'Ordre de la Sainte Foy, à l'image du Grand-Maître Georg Nichkensky firent feu sur les servants d'artillerie ainsi que sur les hommes qui se trouvaient les plus proches et lancèrent ainsi une offensive digne des récits épiques des grandes campagnes militaires. Suivis par une peuple résolument décidé à participer à cela, les religieux prirent le contrôle de l'Archibasilique ainsi que de sa place et des rues alentours en une demie-heure, aidés par un nombre opposants de soldats se rendant prisonniers car ne pouvant imaginer tirer sur des hommes d'Église.

Alors que la nuit tombait sur Altserdame et que les renforts n'étaient toujours pas arrivés, la fidèle garde du Grand-Duc prit place autour du Palais qui surplombait la cité, prêts à se battre, même de nuit.
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Hans Turmwächter



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MessageSujet: Re: La fin d'une époque   Sam 15 Aoû - 12:09

Alors que la ville était ouverte à tous les vents près de six-mille soldats portant les livrées de l’Eglise Syiste s’étaient positionnés autour de l’Archibasilique en vue d’en assurer la garde ; bien que la nuit soit tombée, le cardinal-archiprêtre avait sollicité la patience et le courage du clergé hollyadien et espérait pouvoir assurer une seconde session durant la fin, afin de pouvoir poursuivre comme il était prévu dans le programme, sur le mariage avorté entre l’Infante Juline d’Hollyade et Guillaume de Varsalance, héritier douairier du duché ardanien. Malgré la crainte de voir les armées grand-ducales intervenir et s’attaquer aux hommes d’Église, tous préféraient clore l’assemblée délibérative le plus rapidement possible en vue de pouvoir poursuivre devant le Tribunal ecclésiastique et ainsi pouvoir assurer une transition politique plus intransigeante face à la perversion des mœurs, à la débauche charnelle et aux pratiques de sorcelleries liées à la science.

La fatigue se lisait sur les visages, l’ouverture du Synode plus de quatorze heures avant et l’après-midi extrêmement tendu ayant creusé les traits et rendus les paroles plus acerbes. A la demande des cardinaux, les portes de l’Archibasilique furent scellées depuis l’extérieur, quelques chevaliers montant un mur en pierre qui ne serait détruit qu’une fois les discussions closes et les sanctions prises ; à l’intérieur, il y avait assez de vivres et de couches pour que les discussions puissent durer une semaine et tout le monde espérait que durant ce laps de temps personne ne viendrait troubler leur quiétude.

Gardant une mine superbe, le cardinal-archiprêtre Han Turmwächter appela la reprise en faisant tinter sa cloche en étain :

« Pour évoquer la tentative d’union entre l’Infante Juline d’Hollyade et Guillaume de Varsalance, je laisse la parole à Monseigneur Rodrick Wolfram, évêque de Wärmen et membre du Haut-Conseil. »

Un homme de quarantaine d’années se leva de la tablée et attendit quelques instants, profitant de ce moment de calme pour se concentrer. L’évêque portait une soutane filetée noire avec une doublure liserée et boutonnée de cramoisie, la taille serrée une ceinture violette ; sa barrette était restée posée sur la tête et il s’apprêtait donc à prendre la parole tête nue, son manteau de laine noire jeté sur ses épaules.
Monseigneur Rodrick Wolfram était très connu dans le milieu clérical car son œuvre au sein de l’Église ainsi que du Haut-Conseil rappelait le dévouement du cardinal-archiprêtre lors de ses débuts. Premier mis au courant l’union voulue par le monarque hollyadien, il avait était à l’origine de la polémique après avoir écrit au pape Diotr Ier sur les faits qu’il considérait comme étant ‘ une dérive grave du pouvoir ‘. Ne mâchant pas ses mots, il était particulièrement apprécié des jeunes clercs qui trouvaient en lui une fraîcheur fédératrice.

« Messieurs, s’il apparaît aujourd’hui que le comportement de Son Altesse Sérénissime Louis VIII ne suit plus les règles canoniques que nous nous efforçons chaque jour de faire respecter, il n’en était pas de même les semaines passées. Je souhaite donc revenir une fois de plus sur les débuts de cette affaire et garde Dieu comme témoin de mes propos.

Depuis plusieurs années maintenant et profitant de la guerre liant la Germanie au Belondor, de Son Altesse Sérénissime a trouvé dans la Duchesse douairière Anna de Varsalance une conseillère privilégiée allant même jusqu’à lui confier la garde de Juline durant plusieurs mois, au moment même où les combats faisaient rages au sein de notre pays.
L’Infante d’Hollyade a pu trouver refuge en Ardanie et plus précisément à Varsalance sans que le Haut-Conseil ne soit mis au courant, le Grand-Duc prétextant que ses enfants avaient été mis à l’abri à Marcienne.

Ainsi, l’audience sollicitée le quatorze juin dernier par la veuve belondaure portait sur son souhait d’unir son petit-fils Guillaume à Juline, prétextant que les deux enfants seraient tombés amoureux malgré leur jeune âge ; à cette proposition, Son Altesse Sérénissime n’a pu opposer le moindre refus voyant là un moyen d’affirmer son pouvoir et de protéger ses intérêts en cas de réouverture d’un conflit avec le Belondor. Pourtant quelle sottise que de proposer d’unir deux jeunes gens sans se soucier de leurs religions respectives et des répercussions diplomatiques que cela pourrait avoir, d’une part avec le Saint-Siège et d’autre part avec nos voisins ! Suite à cette entrevue, il n’aura pas fallu dix jours avant que la Duchesse ne périsse étrangement alors qu’elle rendait visite à son neveu et que le jeune Guillaume n’ait été considéré comme porté disparu après que son navire n’ait chaviré ; ces barbares zorthodoxes ont préféré prendre les devants et faire taire une alliance qui aurait été à leur désavantage et je suis encore surpris que rien n’ait été dit lors de la ratification du Traité de Paix. J’avais d’ailleurs mis en garde Son Altesse Sérénissime lors d’une réunion tenue par le Haut-Conseil il y a quelques semaines et suite à une violente altercation où il avait considéré que ‘ des hommes d’Église n’avaient en rien à interférer avec son choix d’unir l’un de ses enfants ‘ j’ai pris la décision d’avertir moi-même le Pape Diotr Ier de ce comportement malsain, nuisible à nôtre pays.

Il n’est pas aujourd’hui question de parler de la volonté de passer outre le Haut-Conseil car il n’est pas dans nos prérogatives d’exercer un quelconque jugement sur les décisions politiques de notre Souverain, mais le fait d’avoir voulu marier secrètement l’Infante Juline d’Hollyade ayant reçu les sacrements syistes à un belondaure ayant reçu les sacrements zorthodoxes va à l’encontre des fondements même de notre Sainte Église et j’ose croire que le Saint-Siège Zollernois considérera la même chose. Ce mariage n’aurait certainement pas pu se voir sacralisé ipso facto les différentes religions mais la volonté de poursuivre sur la voie de l’union montre l’état d’esprit de Son Altesse Sérénissime. Le mal est donc profond bien irascible et il suffit de voir le comportement de notre souverain pour comprendre que le mariage de sa fille unique est plus une affaire liée à la politique qu’à la religion.
Sus à cela, je tiens à rappeler que le mariage qui se déroule à l’église devant un prêtre est permis en raison des pouvoirs confédérés par Dieu à son servant ; ce mariage doit être fait d’amour, de fidélité et doit permettre de donner vie à des enfants qui porteront le nom de leur père et qui devront poursuivre sur la voie de la Félicité. Mais où se trouve l’amour si ce mariage ne revêt qu’un caractère politique ? Nulle part ! Peut-être naîtra-t-il au cours de la vie commune, peut-être naîtra-t-il avec la naissance d’un ou plusieurs descendants mais au moment de l’union sacrée cet élément, condition sine qua non pour que le mariage ait lieu, n’est pas présent.
Ainsi, il convient d’envisager si des sanctions peuvent être prises à l’encontre de Son Altesse Sérénissime et surtout par quel moyen. En effet, l’union n’ayant pas eu lieu, il semble difficile que nous puissions intervenir sinon par le Tribunal Ecclésiastique. Néanmoins cet épisode troublant marque surtout le besoin de redéfinir clairement les objets du mariage ainsi que les conditions que celui-ci doit remplir pour pouvoir être sacralisé ; la parole est désormais à vous. »

Terminant son propos sous des applaudissements nourris malgré l’épuisement qui régnait au sein de l’Archibasilique, l’évêque se rassit à sa place et laissa la parole à un prêtre de l’assemblée qui avait officié plusieurs mariages la semaine passée et avait connu quelques problèmes. Les débats durèrent ainsi jusqu’à tard dans la nuit même si les délibérations devant permettre au Magistère de l'Église de préparer un vade mecum furent suspendues une heure après que des cris et des coups de feu nourris ne furent entendus au milieu du brouhaha des discussions.
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Grand-Duché d'Hollyade



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MessageSujet: Re: La fin d'une époque   Sam 15 Aoû - 13:25

L'horloge du bureau affichait trois heures dix lorsque le Grand-Duc convia assez sèchement ses proches conseillers et ses fidèles généraux à quitter son cabinet. Aucune solution viable n'avait été trouvée et il semblait désormais impossible de pouvoir tenir plusieurs jours dans cette situation ; les renforts qui auraient du arriver en milieu d'après-midi ne vinrent jamais et l'armée n'avais pu mater la révolte populaire conduisant ainsi les révolutionnaires à encercler le Palais d'Alsterdyon. Les quelques heures nocturnes qui se profilaient encore seraient sûrement la derrière chance au monarque de pouvoir fuir la Capitale et de trouver refuge loin de l'écrasante tension ; pour fuir, il fallait néanmoins en avoir les moyens matériels et ceci semblait fort difficile compte tenu que plusieurs milliers de personnes se trouvaient derrière les grilles et étaient prêtes à entrer dans le palais grand-ducal à la moindre occasion.

L'une des raisons qui avait conduit à la tenue d'un Synode par les membres du clergé hollyade était la promenade en aérostat depuis les jardins du Palais ; peut-être était-ce une chance sinon un signe que le ballon fut encore présent dans les jardins bâché par d'immenses toiles de tissus en vue de permettre de nouvelles ascensions. Le Grand-Duc, fin admirateur de la science avait vite compris le fonctionnement de l'appareil et ne craignait aucunement de s'en servir seul, malgré tout, il fit appeler en toute urgence le scientifique à l'origine de l'apport de l'appareil en Hollyade qui logeait encore dans les appartements destinés à la Cour.

Il fallut moins de vingt minutes pour que le ballon ne gonfle sous l'effet de la dilatation de l'air et que le Grand-duc et son pilote ne prennent la fuite sans n'avoir averti personnes de leur démarche, le ballon ayant été disposé loin dans le parc, à l'abri des regard, le terrain de décollage était ainsi propice à la discrétion. La vue dégagée, permise surtout par une lune pleine qui éclairait aussi bien que la lumière du jour permettait ainsi à l'engin de s'envoler rapidement et de s'éloigner du Palais grâce à un vent fort.
Mais la lumière lunaire éclairait aussi bien les toitures que le ballon lui-même et les hommes en éveil le remarquèrent très vite. Hurlant plus que criant, ils ordonnèrent que l'engin soit abattu avant d'être hors de portée ; à l'étonnement de tous, ce ne furent pas les révolutionnaires qui tirèrent mais une compagnie de fusiliers sous les ordres du Général Dözer qui se sentit trahi devant l'acte fiel du Grand-Duc. Les premières salves entraînèrent de gros trous dans le ballon avant que l'air dilaté mêlé à la chaleur des plombs n'embrasa la toile.

La descente fut assurément plus rapidement que l'ascension et le ballon s'écrasa en feu non loin de la Place de la Félicité où quelques révolutionnaires attendaient avec des pierres en main. Malgré le volonté de lapider les lâches qui avaient osé s'enfuir de nuit, les Chevaliers de l'Ordre de la Sainte Foy les empêchèrent et demandèrent à ce que le feu soit éteint au plus vite avant qu'un incendie ne vienne perturber les événements.
Il fut sorti de la nacelle deux corps brûlés dont celui du Grand-Duc Louis VIII aisément reconnaissable à son uniforme, sa moustache et ses nombreuses décorations qu'il avait pour habitude d'exhiber.


Tandis que le Synode se poursuivait dans le calme au sein de l'Archibasilique du Grand-Saint-Sauveur-Estoine le peuple fêtait la fin d'une époque.
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Hans Turmwächter



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MessageSujet: Re: La fin d'une époque   Mar 18 Aoû - 15:13

Ce ne fut qu'à l'aube du 38 Nabelnine que les discussions reprirent au sein de l'Archibasilique, les esprits et les corps s'étant reposés quelques heures afin de servir de la meilleure façon possible Dieu pour une journée qui s'annonçait très longue.

A l'image du cardinal-archiprêtre Hans Turmwächter, nombreux furent ceux qui prirent un déjeuner frugal après être la prière du matin et ce fut presque sans un mot que l'immense tablée fut regagnée par les membres du clergé. Ainsi, alors que les cloches sonnaient huit heures du matin, la troisième session du Synode put débuter sous les meilleurs auspices. Comme lors des sessions précédentes, ce fut à Son Eminence Turmwächter d'introduire le débat :

« La troisième session est ouverte. »

Frappant à trois reprises sur la cloche en or disposée devant lui, il ne prit pas la peine d’attendre que le calme soit là pour reprendre presqu’immédiatement :

« Il va être présentement question de s’attarder sur un point important de ce Synode ; la Très Sainte Eglise Syiste Réformée s’est montrée prise au dépourvu alors que la guerre qui opposait la Germanie aux zorthodoxes belondaures faisait rage. Nos troupes ont rarement été soutenues lors des violents combats par les clercs et de nombreuses lettres m’ont été adressées à ce sujet. Ainsi, il me semble important de souligner les errements de la Sainte Église Syiste d’Hollyade afin que plus jamais nous ne laissions des hommes partir au combat pour leur pays sans avoir l’assurance que Dieu les accueillera lors de leur ascension.
Je souhaite donc laisser la parole à Monseigneur Wert Ozitch, évêque-légataire de Karielt et Grand-Commandeur de l’Ordre de Saint-Sevan. »

Tandis que les murmures parcouraient le transept un homme aux tempes grisonnantes et à la barbe fournie se leva de son siège. Situé en bout de table (position extrêmement inconfortable si l’on désirait se faire entendre à l’opposée de la table) il salua poliment les clercs qui avaient posé sur lui un regard parfois interrogateur, espérant que le calme reviendrait bientôt. Il savait la raison de tout ce tumulte et semblait s’en amuser, lui le Grand-Maître d’un ordre qui tend depuis son origine à diffuser la parole de Saint-Sevan, cherchant un retour aux sources du Syisme et n’arrivant pas à reconnaître l’Église Syiste Réformée de Germanie. Par la même, l’idée d’une évolution du clergé lui avait toujours semblée sotte car se rapprochant trop de la zorthodoxie et s’éloignant ainsi de l’Église telle qu’elle fut pensée à l’époque de Saint-Sevan.

« Messieurs ; je vois à vos regards interrogateurs et à vos mines circonspectes que mon intervention risque d’être particulièrement ne vous plaît que peu et en un sens, je vous comprends. Nostre Très Sainte Église Syiste, Eudémoniste, Philosophique et Galicienne a perdu depuis bien longtemps quelques-uns de ses attributs aux profits d’autres, peut-être plus proches de notre culture ; la disparition du Grand-Pontife Yvon T’ester sans que l’Église Syiste Réformée de Germanie ne réagisse suivie de l’élection d’un Pape aux attributs bien proches de ceux des Saintetés Zorthodoxes rappellent bien l’évolution de notre Sainte Religion depuis de nombreuses décennies.

Au cours de la guerre opposant l’Empire du Belondor à la Germanie nombre de manques de la part de l’Église ont été signalés montrant que dans nostre changement nous n’avons pas pensé au plus important, la diffusion de la Parole Divine et le soin apporté au salut des âmes, surtout lorsque la souffrance de la guerre était la plus poignante. Cette Église Syiste Réformée de Germanie n’a ainsi eu que peu d’intérêt pour nos soldats, nos frères laïcs morts au nom de notre Dieu très miséricordieux. J’entends appuyer mon propos avec le fait qu’à aucun moment, ni l’Ordre de la Sainte Foy, ni l’Ordre des Tyrans d’Hollyade ne furent présents au combat et bien peu de clercs ont apporté un soutien spirituel à notre armée. Qu’est-ce alors à dire du Pape Diotr Ier qui n’est jamais intervenu pour s’attaquer au colonialisme belondaure ? Qu’est-ce alors à dire de ce clergé plus proche du pouvoir que de ses fidèles ?

Il m’est d’avis que pour que l’Hollyade puisse se défaire du joug gélèbrois, une restructuration de l’Église s’impose passant notamment par un retour à nos fondamentaux, un retour la Très Sainte Église Syiste, Eudémoniste, Philosophique et Galicienne. Bien évidemment, reformer cette Église aujourd’hui disparu, à mon plus grand désarroi, serait chose vaine, je pense néanmoins que son organisation à contrario de sa philosophie pourraient nous offrir un renouveau bienfaiteur.

Nous avons donc besoin d’un Grand-Pontife ayant pour charge d’assurer la régence de Nostre Église qui pourra s’appuyer sur un archevêché efficient et consciencieux qui fera reposer la garantie d’un effort conséquent aux évêques légataires. La suppression des cardinaux risque de chatouiller beaucoup de monde ici mais si nous souhaitons nous éloigner de l’Église Réformée et a fortiori de la Zorthodoxie c’est un mal nécessaire auquel il faudra consentir pour le bien de Nostre Église et pour permettre d’œuvrer au nom du Divin.

Une fois que le vrai syisme sera rétabli nous pourrons nous sentir soulagés d’avoir bien agi ! Il ne vous reste désormais qu’à montrer votre courage et assurer la pérennité de notre religion pour les millénaires à venir en agissant aujourd’hui même. »

L’accueil, tel qu’attendu, fut mitigé ; les protestations furent aussi rares que les applaudissements, la grande majorité des clercs restant muette, visiblement affectée par un discours déplaisant mais pourtant criant de vérité. Le cardinal-archiprêtre profita ainsi du calme relatif pour céder la parole à Monseigneur Rodrick Wolfram, l’évêque de Wärmen et membre du Haut-Conseil qui était déjà intervenu la veille afin de dénoncer l’attitude du Grand-Duc alors qu’il souhaitait faire marier sa fille à un belondaure. L’homme n’avait pas bronché lors de l’intervention de son confrère et c’est avec un visage grave qu’il débuta :

« Messieurs les membres du clergé, ce que vient de dire Monseigneur Ozitch est la triste vérité ; la Sainte Église Réformée de Germanie n’est pas parvenue à défendre ses fidèles alors que l’Empire colonial du Belondor a tenté de nous apporter sa religion hérétique. Nos ordres militaires & religieux ne sont pas intervenus faute de concertation et nous avons dû subir durant de nombreux mois une occupation militaire et religieuse insultante ; leur inaction rappelle celle de l’Ordre des Chevaliers de Saint Sevan lors des Guerres de Religions et a été causée par nous-mêmes, membres du clergé.

Il me semble inutile de rejeter la faute de cette situation sur les Grands Maîtres qui ont toujours tâché de faire au mieux, allant parfois à l’encontre des voix officielles ; je pense notamment à l’Ordre des Lettres et des Armes qui avaient interdit tout regroupement de chevaliers de l’Ordre de la Sainte Foy alors que le Belondor entrait en Hollyade et qui avait du constater que de nombreux frères tâchaient de combattre de façon isoler les missionnaires zorthodoxes sans pour autant s’attaquer directement à l’armée ennemie. Les Tyrans d’Hollyade, connus pour leur grande discrétion ont eux aussi sûrement agi mais je crains que nous ne le sachions jamais.

J’interpelle dès lors votre attention sur la nécessité d’attribuer des rôles précis à nos Ordres militaires & religieux afin que la Sa Parole de Dieu puisse être portée malgré toutes les situations. Pour en avoir longuement discuté avec les principaux intéressés, je pense que reformer deux anciens ordres dissous voilà plusieurs siècles mais qui avaient une mission bien particulière, permettrait de pallier à notre défaut d’intervention. Ainsi, je souhaite soumettre à votre avis la reformation de l’Ordre de la Rose Blanche, chargé d’œuvrer en temps de guerre à la défense de Notre Sainte Église et en temps de paix à la diffusion de la Sainte Parole de Dieu à travers le Grand-Duché et même au-delà s’il le faut ; l’Ordre de Sainte-Eléa-la-Ressuscité retrouverait par ailleurs tout son intérêt dans la défense de nos eaux territoriales, permettant d’assurer la protection de nos éminents représentants cléricaux lorsque ces derniers auront besoin de prendre la mer et d’assurer par la même la protection de nos flottes marchandes face au brigandage qui a lieu vers le Krassland et la Gélèbre.
Cette reformation d’Ordres qui ont longtemps compté pour le développement du Syisme en Germanie viendra sûrement appuyer le discours que vous venez d’entendre précédemment. »

La surprise remplaça la nonchalance de l’intervention précédente et malgré les applaudissements et encouragements plus nourris, une partie vêtue majoritairement de rouge restait toujours muette. Le changement qui s’opérait autour de la tablée semblait désormais inévitable et il valait mieux que tout le monde suive pour le plus grand bien de l’Église Syiste au sein du Grand-Duché ; après l’acte de traitrise des abjurateurs qui avait fui la veille, ce Synode et son avenir risqueraient de créer des tensions inutiles au sein du clergé. A l’image d’un pays en transformation depuis la fin de la guerre il semblait presque naturel que l’Église se réforme et cherche à trouver une situation qui lui soit plus plaisante mais aussi plus sûre. Dès lors, le fait que le Grand-Maître de l’Ordre des Tyrans d’Hollyade, Huguelain Nermon, intervienne, parut presque heureux :

« Éminences, chers frères, cette troisième session semble poser de nombreuses questions qui au vu de votre mutisme apparent montre que les réponses seront dures à trouver. Comme il a été dit précédemment, l’Église Syiste ne s’est pas assez détachée de la zorthodoxie et a presque oublié ses racines galliciennes dont le résultat logique est qu’elle se cherche aujourd’hui.

L’Ordre des Tyrans d’Hollyade à l’image de l’Ordre des Tyrans de Gallice cherche depuis toujours à unifier le Syisme y compris par le sang et n’a jamais eu honte de ses actes. Nous existons, bien souvent de façon cachée et officieuse, mais nous sommes présents et cherchons le meilleur pour l’Eglise Syiste y compris si nous devons le payer de notre vie. Comme le disait Monsieur Wolfram, l’Ordre des Tyrans d’Hollyade est sûrement intervenu lorsque les belondaures nous ont attaqué mais je reconnais volontiers que notre participation n’a pas été active et n’a pas conduit à repousser l’ennemi. Notre nom a d’ailleurs été un frein entraînant un manque de chevaliers prouvant que nous ne sommes pas à même de défendre les intérêts que nous plaçons au-dessus de tout.

La proposition de voir réapparaître l’Ordre de la Rose Blanche, qui a longtemps combattu les hérétiques et les zorthodoxes me semble est judicieuse car offrirait indubitablement un réel appui à nôtre Église en cas de guerre ouverte face au Belondor voire même face à la Gélèbre si elle osait un jour s’en prendre à nous dans sa pensée hégémonique ; il me faudrait discuter avec la lieutenance de l’Ordre mais je crains fort que celle-ci serait d’accord pour rallier l’Ordre de la Rose Blanche s’il devait être reformé par ce Synode.

Ne voulant pas vous faire perdre de temps, je vous laisse donc la parole, espérant que nous parviendrons à choisir le meilleur pour l’Hollyade. »

Peu après cette nouvelle assistance en faveur du changement les débats débutèrent vraiment, les gens intervenant entre eux, certains prenant la parole l’espace d’un instant afin de faire remarquer à l’assemblée une idée commune. Les discussions occupèrent alors le reste de la matinée et le début de l’après-midi, personne ou presque, ne se souciant que le repas de midi avait été sauté. L’importance des confrontations d’idée dépassait les besoins de quelque gourmet tant et si bien qu’elles permirent de trouver un équilibre alors que le soleil semblait être déjà bas dans le ciel. Lorsque que le vote successif des points soulevés fut clos, Son Éminence Turmwächter prit une dernière fois la parole :

« Conformément au vote souverain des membres de cette assemblée délibérative voici les décisions prises qui seront notifiées sur le Registre :

Citation :
Premièrement, un Office Patriarcal pour la technique & le progrès verra le jour avant le mois prochain et aura pour charge d’approuver ou non une découverte et en assurera a propriété à son inventeur.

Secondement, un vade mecum portant sur la définition des objets du mariage ainsi que sur les conditions que ce dernier doit remplir pour pouvoir être sacralisé sera réalisé par le Magistère de l’Église.

Troisièmement, la Sainte Église Syiste Réformée de Germanie ayant à sa tête le Pape Diotr Ier n’est plus reconnue par la Sainte Eglise Syiste, Eudémoniste, Philosophique et Hollyadienne qui disposera à sa tête d’un Grand-Pontife élu collégialement par les archevêques en conclave ; ces mêmes archevêques seront placés sous l’autorité du Grand-Pontife et auront autorité sur les évêques-légataires et cætera ; les actuels cardinaux se verront attribuer la charge d’archevêque, les actuels archevêques se verront attribuer la charge d’évêque coadjuteur , les actuels évêques-légataires conservent leur charge, suivront prêtres, diacres, chanoines honoraires, serviteurs de Dieu dans l’organisation cléricale.

Quatrièmement, l’Ordre de Rose Blanche ainsi que l’Ordre de Sainte-Eléa-la-Ressuscité sont reformés et auront respectivement à leur tête en qualité de Grands-Maîtres : Huguelain Nermon et Frédéric Ehrenfried. Le premier aura pour mission de porter la Sainte Parole de Dieu dans les provinces hollyadiennes en temps de paix et de protéger la Sainte Eglise Syiste, Eudémoniste, Philosophique et Hollyadienne en temps de guerre ; le second aura pour mission d’assurer la protection des eaux territoriales hollyadiennes aussi bien en temps de paix qu’en temps de guerre face au brigandage. Les sièges respectifs de ces deux ordres seront : Wärmen et Kazel.

Cinquièmement, le Tribunal Ecclésiastique de la Sainte Eglise Syiste, Eudémoniste, Philosophique et Hollyadienne jugera le Grand-Duc Louis VIII pour Haute-Trahison, blasphème, parjure, et cætera.


Je déclare ce Synode désormais clos ! »

Frappant à trois reprises la cloche avec son maillet, le cardinal-archiprêtre fermait un chapitre houleux de l’histoire syiste en Hollyade espérant ainsi que le prochain garantirait le salut des âmes et la protection de la patrie. Contournant la tablée mesurant plus de cent mètres de long, Son Eminence Turmwächter se rendit jusqu’à l’immense porte à battant et appela à ce qu’on l’aide à l’ouvrir ; les grincements des gonds créèrent une résonance insupportable audible sans peine de l’autre côté du mur qui venait fraîchement d’être posé. D’un côté comme de l’autre, la tension battait son plein.

A l’aide d’un marteau qu’il avait enfermé avec eux, Hans Turmwächter frappa le premier coup devant annoncer la chute de ce mur ayant coupé les membres du clergé durant plus de vingt-quatre heures du reste du monde ; dès lors le coup donné, les membres de l’Ordre de la Sainte Foy positionnés sous le portique démantelèrent pierre après pierre l’éphémère construction et apportèrent la chute du Grand-Duché à ceux qui venaient d’apporter un vent de renouveau au Syisme. Dès lors la nouvelle communiquée, il fut temps pour les différents protagonistes de ce synode de faire part quant à eux des décisions prises sous les acclamations du peuple qui voyaient là l’opportunité d’un changement conséquent à la tête du pays. Les cinq point énumérés, la liesse populaire fut telle que les chevaliers de l’Ordre de la Sainte Foy furent calmer les ardeurs et assurer la protection du cardinal-archiprêtre (désormais simple archiprêtre) qui souhaitait rencontrer les restes de la Cour grand-ducale au Palais d’Alsterdyon.
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Hans Turmwächter



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MessageSujet: Re: La fin d'une époque   Sam 22 Aoû - 13:31

Hans Turmwächter était rarement inquiet et lorsqu’il sentait que les choses n’allaient pas dans le bon ordre, il tâchait de rester souverain sur son comportement ; la première question qui fut donc posée au moment où il apprit la mort du Grand-Duc fut de savoir si le défunt corps avait été conduit au palais afin de s’assurer que le peuple n’en profite pas ; la réponse par l’affirmative le soulagea et lui permit de passer à autre chose désormais en présence du Conseiller de la Maison grand-ducale :

« Où sont les princes Léopold et Herbert ? »

Son interlocuteur, n’était pas un membre du clergé, et représentait l’un des trois membres de la noblesse présents au sein du gouvernement hollyadien. Voyant désormais que le sort était jeté et que l’Église tenait d’une main ferme le peuple prêt à poursuivre son ouvrage, il répondit de façon empressée, tâchant de suivre la foulée rapide de l’archiprêtre filant vers le Palais, toujours entouré par plusieurs chevaliers de l’Ordre de la Sainte Foy :

« Ils sont toujours à Marceinne et je ne pense pas qu’ils aient appris la mort de leur père. Bien évidemment, ceci ne va pas tarder à se savoir et je crains qu’ils ne fassent se lever la Gélèbre en vue de reprendre le pouvoir et de punir la population d’avoir si vivement réagi.
Leur père ne les avait pas fait suivre la voie de l’Académie Militaire du royaume gélèbrois pour rien, je le crains ; s’ils ne s’attaquent pas entre eux en vue de conquérir le trône ce sera déjà une bonne chose. »

Monseigneur Turmwächter écoutait de façon attentive tout en prenant garde à ne pas glisser sur les pavés mouillés. Il avait ordonné que soit convoqué en séance extraordinaire le Haut-Conseil et voilà qu’il n’était qu’en bas de la vaste montée devant le conduire jusqu’au palais grand-ducal. Les voix nombreuses qui en provenaient semblaient être à la fête comme si le pays avait été libéré de tous ses maux en l’espace d’une nuit ; la réalité serait bien plus difficile à admettre et il était du devoir de l’Église de montrer que répandre la joie suite à la mort d’un homme n’était jamais une chose serviable. Ainsi, lorsqu’il croisait des groupes épars criant à la réussite de la Révolution, l’archevêque préférait parler d’une ‘restauration douloureuse’ laissant ainsi au soin de chacun de se faire une interprétation de la formule. Devant son arrivée flegmatique, nombres de questions se posèrent et quelques-uns allaient même en avançant des hypothèses sur cette histoire, comme le fait que tout n’avait été qu’un vaste complot de l’Église afin de faire tomber le régime.

Ce ne fut que lorsqu’il parvint à l’intérieur du Palais grand-ducal que l’archevêque parut tout à fait à son aise, loin de l’agitation et du bruit assourdissant qu’il y avait au-dehors. Ôtant sa mitre, Monseigneur Turmwächter fila directement jusqu’à l’ancien bureau du Grand-Duc Louis VIII où devaient attendre les membres du Haut-Conseil. Avant même d’avoir franchi la porte, il entendit une dispute entre membres du clergé et les deux membres de la noblesse présents ; à son entrée, tous se turent cependant, craignant une invective évidemment bienvenue de la part du Gardien des Clefs & des Sceaux. D’ailleurs, en l’absence du représentant de l’État, c’était à lui d’ouvrir la réunion ce qui se fut extrêmement rapidement eu égard la nécessité de trouver rapidement une solution à cette situation ; conformément aux règles instaurées, le prélat débuta donc :

« Bonjour messieurs,
Soyez assuré que je suis plus que peiné de devoir aujourd’hui prendre part à cette séance extraordinaire et n’espère que l’Hollyade n’aura plus jamais à connaître telle situation. La tragique disparition de nôtre souverain restera un haut fait de l’histoire de nôtre pays et j’espère que les manuels et récits de notre époque resteront humbles quant à la tenue des événements car la perte d’un homme est toujours regrettable malgré ses erreurs et ses péchés. Nous n’avons le droit de prendre la vie que si la nôtre est directement menacée et sous les bons auspices de Dieu ; ainsi donc, tirer sur un aérostat contrevient à toute logique et je prierai donc pour le pardon des âmes en peine ainsi que celles en quête du salut éternel.
Il nous faut néanmoins être maintenant pragmatiques et trouver une situation que ne contrevienne pas aux désirs du peuple et qui corresponde à la logique même. J’ai cru entendre en montant jusqu’ici que pour beaucoup une Révolution avait eu lieu et que nous étions désormais une République. Quelqu’un aurait-il un semblant d’explication à me fournir ? »

Visiblement, personne n’était pressé pour prendre la parole et ce fut sous les regards lourds des différents membres du Haut-Conseil que le Grand-auditeur près du peuple, qui n’était autre qu’un prêtre d’Alsterdyon, intervint :

« Le peuple pense s’être définitivement débarrassé du Grand-Duché et considère donc que la République est la seule alternative. D’ailleurs beaucoup ne se cachent pas de dire que si un membre de la famille grand-ducale revient en Hollyade, il sera pendu haut et court, ce que je réprouve totalement, et portent vôtre nom en triomphe considérant que l’Église et a fortiori vous-même avez conduit le pays à cette libération. Et j’ai pu entendre à de nombreuses reprises que le salut des âmes passerait pas une République formée autour de votre personne… »

A ce moment là, le Premier Conseiller aux Affaires Militaires qui n’était autre qu’un nobliau du nord de l’Hollyade, bondit de son siège :

« Comment peut-on croire un seul instant que le Grand-Duché est mort ? Je suis consterné devant autant de sottises, le peuple n’a pas son mot à dire. Dire que nous nous soucions de tous ces culs terreux ! Que l’on demande à l’armée de ramener le calme et faisons venir le Prince Léopold, premier héritier à la succession de son père ! »

Ses yeux pétillaient d’un amusement sans pareil et le rictus qu’il affichait démontrait tout cela parfaitement. Le Garde des Clefs et des Sceaux reprit la parole tâchant de reprendre sa contenance habituelle :

« Envoyez l’armée face au peuple ne règlera pas le problème de la régence de notre état, ce n’est pas en imposant un souverain au peuple que l’ordre et le calme règneront sur nos villes et nos campagnes. Nos voisins nous trouvent déjà rustres, n’allons pas dans leur sens. Il me semble, Monsieur de Guerzewel, que vous pensiez plus à vos privilèges qu’au retour de la Maison de Werthatk et Hollyade et il me semble aussi que cette réunion tend à trouver une issue qui permette de solder définitivement la vacance du pouvoir et non d’entraîner une guerre civile meurtrière dont la finalité ne sera connue que des vivants.

Ainsi, le peuple souhaite voir l’Église gérer notre si beau et si syiste pays ? Pourquoi aller contre lui si nous pouvons le combler et permettre de sauver la vie des grands seigneurs et des droits particuliers dont ils jouissent ? »

A ces mots, le Conseiller de la Maison grand-ducale répondit :

« Voici ce que je propose et qui, je l’espère, conviendra à tout le monde ici. L’actuelle vacance du pouvoir force ce Haut-Conseil à conférer les pouvoirs de régence à son premier Conseiller en la personne de Monseigneur Turmwächter, seul membre de droit de ce gouvernement et qui dispose donc d’une force plus grande que celle de n’importe quelle autre.
Cette vacance devra permettre l’établissement d’états généraux qui trouveront une solution pacifique convenant à tout le monde et garantissant ainsi l’unité du territoire. Si jamais le retour des membres de la famille grand-ducal était sollicité, nous arrangerions le retour du souverain afin qu’il puisse intervenir publiquement ici-même ; si nous avions un autre cas de figure, espérons que Dieu soit avec nous. »

Les paroles pleines de raison du conseiller flottèrent quelques instants avant qu’un vote à main levé ne vienne offrir les pleins pouvoirs au Prélat qui venait d’offrir le jour même une voie très différente à l’Église Syiste d’Hollyade ; ce dernier savait qu’il pourrait tirer un profit immense de cette situation afin de permettre une fois pour toute à l’Église de régner sur ce pays et de lui offrir paix et prospérité. Les états généraux étaient prévus pour le mois suivant ce qui laisserait ainsi toute latitude pour le nouveau régent de préparer le terrain et d’instaurer une politique tournée vers la foi.

La réunion ne dura ainsi pas plus de trois-quarts d’heure et se solda par la tenue d’un discours sur la place du Palais où Monseigneur Turmwächter fut acclamé en tant que Guide Suprême de la République et Protecteur de la Foy Syiste. Grâce à ce plébiscite, il lui faudrait désormais composer avec cette République Syiste espérant qu’elle ne serait pas qu’une éphémère transition laissant place à un système bien moins avantageux pour l’Église.
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